Conférence sur le discours islamiste à l’ULB

Posted on Updated on

Gilles Kepel et Guillaume Dye, deux spécialistes de l’islam contemporain étaient à l’ULB le 26 janvier dernier pour parler de la rhétorique islamiste et de ses contre-discours. Retrouvez d’ailleurs l’intégralité du débat filmé ici. Coïncidence, c’est aussi l’une des préoccupations de STEP, donc nous y étions. Les deux hommes ont parlé pendant plus d’une heure et demie devant un auditoire rempli et attentif.  Kepel commence fort : « Ceux qui disent que Daesh n’a rien à voir avec l’Islam sont idiots. La majorité des musulmans sont contre Daesh, mais Daesh construit son discours sur des textes sacrés pour les musulmans ». Maintenant que c’est dit, il continue, il pose les bases.

Quelles sont les bases de la rhétorique islamique ? Facile, trois piliers que tout le monde connait… De nom du moins ! Premier pilier, les Frères musulmans. Leur technique est d’utiliser la participation politique et le système en place pour imposer un état islamique. Le deuxième pilier est le salafisme qui vient du mot arabe “salaf” qui signifie ancien. Le retour aux anciens qui sont dépositaires de la parole et de la vie de Mahomet, et donc particulièrement crédibles. Le salafisme est en rupture avec les autres musulmans et la société. Cependant cette rupture entraine certes un repli communautariste mais pas nécessairement la violence. Le djihadisme, le troisième pilier, est l’œuvre des salafistes qui passent à l’acte, souvent guidés par un gourou.

Guillaume Dye va lui insister sur les entrepreneurs religieux. Tous les radicaux religieux ont des points communs : promotion d’une identité religieuse extrême, promotion des valeurs religieuses et opposition à ceux qui ne respectent pas ces valeurs et enfin, promotion de la violence pour obtenir la position de martyr. Dye précise qu’aujourd’hui ces trois éléments sont combinés beaucoup plus souvent dans l’islam radical que dans les autres religions.

 

Dans le contexte social actuel, ces discours extrémistes valorisant l’opposition à la société parlent aux jeunes même s’ils ne sont pas majoritaires. S’informer sur l’islam revient vite à tomber sur de la littérature salafiste. Elle est très visible, car financée par les pétromonarchies, et facile à comprendre. Il faut faire émerger d’autres discours dans le monde musulman et c’est une idée qui commence à faire son chemin. Car comme le dit Kepel, ces discours extrêmes ne sont pas majoritaires mais les paroles individuelles de la majorité sont inaudibles. Pour l’instant, les radicaux ont intérêt à ce que tous les musulmans soient vus comme des extrémistes car ça crée un sentiment de communauté, terreau idéal pour le développement du radicalisme.

 

Les deux chercheurs parlent finalement peu de contre-discours si ce n’est pour dire que le discours « modéré » est peu audible et que détricoter le discours radical religieux ne peut être fait que par des intellectuels musulmans qui ont le recul nécessaire sur leur religion.

STEP a bien conscience de l’importance de faire émerger des contre-discours mais également des difficultés que cela engendre. C’est pourquoi nous nous attelons à travailler sur ces contre-discours avec des musulmans modérés et en partant directement de la littérature salafiste, tout en gardant contact avec les jeunes.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *